1 juin, 2020

Pour endiguer la pandémie, des groupes montréalais appellent à sortir les casseroles

Le capitalisme alimente la COVID-19 ; la solidarité aplatira la courbe!

Appuyé par:
Centre des travailleurs et travailleuses immigrants
Courage Montréal

Ajoutez votre organisation ou signer en tant qu’individu.

Tous les jeudis, à partir du 4 juin
Casserole (faites du bruit avec vos ustensiles de cuisine !)
18h, depuis votre balcon
#protégeonsMontréal

Alors que les propriétaires d’entreprises, investisseurs et puissantes compagnies mettent la pression sur tous les niveaux de gouvernement pour « rouvrir » l’économie, la crise continue de menacer de manière disproportionnée le bien-être des travailleur-euse-s de première ligne, des aîné-e-s, des travailleur-euse-s migrant-e-s et des communautés déjà marginalisées.

Des vies sont en jeu.

La distanciation physique a protégé plusieurs d’entre nous ainsi que plusieurs de nos proches des conséquences du virus. Alors que la « nouvelle normalité » est négociée, la solidarité nous protégera des injustices d’un système économique qui considère la perte de vies humaines comme un coût pour les entreprises.

Les sorties publiques des travailleur-euse-s essentiel-le-s nous le rappellent avec une fréquence alarmante : quoi qu’en disent les autorités, personne n’est en sécurité. Les précautions sont souvent mises de côté, les équipements de protection ne sont pas disponibles en quantité suffisante et les pressions économiques conduisent à des choix illogiques en la matière.

Nous exigeons de tous les niveaux de gouvernement qu’ils résistent à la dangereuse pression des entreprises pour une réouverture répondant à une logique de profits. Nous devons au contraire bâtir une économie qui fournisse des biens de première nécessité, comme de la nourriture et des logements abordables, protège la santé de tous et chacun en plus de renforcer la dignité et l’égalité.

Nous exigeons :

  • Le droit pour tous et toutes de rester à la maison et de refuser d’effectuer un travail dangereux et ce, sans pénalité;
  • L’accès à la PCU et aux autres aides financières accordées dans le contexte de la pandémie de COVID-19 pour tout le monde, quel que soit leur statut;
  • L’annulation du paiement des loyers pour les locataires et pas seulement pour les entreprises ou les propriétaires;
  • L’accès à des équipement de protection, l’application des protocoles de sécurité ainsi qu’un soutien significatif pour tous les travailleur-euse-s essentiel-le-s.  

Ajoutez votre voix ! Rejoignez le concert de casseroles jeudi à 18h ! (Et ajoutez votre nom en bas.)

L’évolution rapide des positions du gouvernement Legault

Depuis la mi-mars au Québec, la solidarité est essentielle pour sauver des vies parmi les personnes plus vulnérables. Le déclin de la transmission de COVID-19 n’est possible que si l’on respecte la distanciation physique, dans une volonté collective de rester chez soi, pour protéger nos amis et les membres de notre famille.

Le Québec a été la première province à limiter les activités des écoles, des entreprises et des garderies afin de protéger sa population. Le gouvernement de François Legault a promis que la réouverture des activités non essentielles n’était pas envisageable à moins d’une baisse constante de la transmission pendant deux semaines, indiquant la possibilité d’un retour à la « normale » en toute sécurité.

Au début du mois d’avril, sous la pression croissante des hauts lieux de l’économie, M. Legault commence à vaciller,déclarant que les écoles et les garderies ouvriraient probablement le 4 mai – advenant qu’on ait atteint le sommet de la courbe d’infection. Le 10 avril, alors que ce sommet n’était toujours pas en vue, celui-ci émet l’idée d’ouvrir les écoles, même avant le 4 mai. Finalement, le 28 avril M. Legault recule officiellement sur ses promesses, annonçant la réouverture des écoles, garderies et entreprises du Québec pour le 11 mai à l’extérieur de Montréal et le 18 mai à Montréal, dont le taux de contamination est plus élevé qu’ailleurs.

Grâce à l’opposition des Montréalais-es, M. Legault a finalement fait marche arrière et repoussé la réouverture jusqu’au 25 mai en raison de l’aggravation de la situation dans la ville. 

Cependant, les sites de construction et les usines de Montréal demeurent « essentiels ». Plusieurs travailleur-euse-s ont donc été contraint-e-s de reprendre le travail dès le 11 mai.  Jusqu’à présent, le gouvernement n’a présenté aucun plan de déconfinement s’appuyant sur les chiffres réels de transmission du virus ou sur l’avis des grands experts médicaux. 

La rhétorique de Legault a également changé, passant de « l’aplatissement de la courbe », en mars, au concept non éprouvé « d’immunité collective », puis aux « raisons sociales ». Ces dernières font référence à un discours superficiel, voire fallacieux, sur la santé mentale, un discours sur lequel le gouvernement s’appuie pour justifier sa volonté de rouvrir l’économie prématurément.

Dans ce cas, pourquoi ne pas soutenir davantage les refuges pour les femmes et les enfants victimes de violence conjugale, les programmes de dons de nourriture ou les lignes d’assistance téléphonique ? Parce que cela ne convient pas aux intérêts commerciaux qui poussent à une « réouverture ». Le gouvernement Legault juge qu’il est plus sûr de mettre en danger la vie des enfants, de leurs familles et de leurs enseignants. 

Comme le martèle le parti de M. Legault: les parents peuvent choisir d’envoyer ou non leurs enfants à l’école ou à la garderie, les parents vivant sous le seuil de la pauvreté sont les plus susceptibles de ne pas avoir de choix puisqu’ils et elles sont forcées de retourner au travail.

Le danger pour la population du Québec

La décision du gouvernement d’imposer un calendrier de réouverture tout en abandonnant l’approche de l’aplatissement de la courbe d’infection a été prise, et ce, malgré le fait que le Québec – et Montréal en particulier – connaît une augmentation continue des taux d’infection. 

Au 8 mai, le Québec comptait 2725 décès, soit 321 par million d’habitant-e-s, l’un des taux les plus élevés au monde et presque trois fois plus élevé que pour le reste du Canada.

Malgré ces chiffres, et malgré les drames personnels vécus par près de 4641 personnes qui sont maintenant décédées au Québec, on nous répète continuellement que la réouverture est inévitable et que les Québécois vivent « deux réalités », c’est-à-dire que la crise est une réalité pressante que dans les CHSLD. Cette affirmation n’est pas seulement problématique parce qu’elle suppose que la population âgée sont des citoyen-ne-s de seconde zone, mais aussi parce qu’elle est tout simplement fausse. 

À Montréal, des rapports font état d’une forte augmentation de la transmission communautaire; de débordements d’hôpitaux contraignant de transporter des patients jusqu’à Trois-Rivières pour qu’ils reçoivent des soins; d’épidémies dans des garderies réservées aux enfants des travailleur-euse-s essentiel-le-s; de forts taux de contamination dans des lieux de travail dont des usines de transformation de viande; de l’explosion du nombre de cas dans les prisons. De plus, on signale un nombre grandissant de décès et de graves complications de santé chez les jeunes adultes et les enfants en bonne santé. En fait, cette double réalité que vivent les Québécois-es se trouvent dans l’écart entre les messages du gouvernement et la réalité sur le terrain

Les enseignant-e-s sont confrontés à des choix impossibles: les écoles deviennent des entrepôts pour les pauvres

Pour les enseignants hors de Montréal, comme pour tous les autres travailleur-euse-s jugé-e-s essentiel-le-s depuis le début de cette crise, le retour au travail a été considéré comme une obligation. La crainte d’attraper le virus ou d’infecter d’autres personnes n’est pas considérée comme une raison suffisante pour refuser de travailler. 

Conformément à sa tendance à passer rapidement d’un discours à l’autre pour répondre à ses objectifs, la CAQ se voyant confrontée à une pénurie de travailleur-euse-s dans les garderies et les écoles, a modifié du jour au lendemain la limite d’âge des personnes à risques passant de 60 ans et plus à 70 ans et plus, ce qui a obligé de nombreux enseignant-e-s et éducateur-trice-s en garderie dans la soixantaine à retourner au travail, sous la menace de perte d’emploi, malgré leurs craintes légitimes. Même le Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) insiste sur le fait que les personnes de plus de 65 ans sont plus exposées à de graves complications. 

Pour les enfants, il s’agit d’une expérience sociale et scientifique inutile. En effet, en raison de l’incapacité des enseignant-e-s à assurer en tout temps la sécurité de tous, les écoles ne serviront que d’entrepôts pour les enfants. Les élèves se retrouvent ainsi largement confinés à leur siège, 7 heures par jour, sans pouvoir faire d’arts plastiques ni d’éducation physique. De plus, les programmes de repas pour les enfants des milieux défavorisés que le gouvernement a utilisé parmi ses raisons pour rouvrir les écoles, n’ont pas repris. Il en va de même pour le soutien pour les élèves à besoins particulier. Enfin, les enseignant-e-s n’ont pas non plus reçu d’équipement de protection.

Il semble qu’il s’agira ainsi  « d’écoles pauvres pour enfants pauvres ». Certains administrateur-trice-s scolaires admettant même qu’ils et elles préfèrent leurs enfants à la maison plutôt que de les soumettre à ces conditions. Par ailleurs, le gouvernement continue de conseiller aux parents qui le peuvent de garder leurs enfants à la maison. En d’autres termes, les professionnel-le-s aisé-e-s qui peuvent se permettre de travailler de la maison le feront, et les enfants des personnes vulnérables seront contraints de vivre dans un environnement à la fois dangereux et peu stimulant, ce qui ne fera qu’accentuer les écarts sociaux préexistants au Québec. 

La rhétorique de la réouverture alimente des pratiques régressives en matière d’emploi. Alimentons la résistance.

Encouragés par la mentalité d’entreprise de la CAQ, les employeurs ont à maintes reprises ignoré les avertissements et les demandes des travailleur-euse-s vulnérables qui cherchent à se protéger efficacement contre le virus. Pendant ce temps, la CNESST, qui assure la régulation des conditions de travail et définit les protocoles de sécurité, n’a pas encore statué sur les droits des travailleur-euse-s à refuser de travailler sur des lieux de potentiellement contaminés. En effet, ce sont 158 plaintes qui tardent à être traitées sous la pression des employeurs. 

En attendant, l’opposition à la réouverture du Québec se fait entendre de toutes parts. Une pétition massive a accumulée près de 300 000 signatures et de nombreuses voix s’élèvent dans les communautés des points chauds comme Montréal-Nord, ainsi que parmi les travailleur-euse-s de première ligne, qu’ils et elles soient dans des hôpitaux ou des établissements de soins de longue durée. Les autorités sanitaires du Québec, les partis d’opposition et le reste du pays sont tout aussi critiques à l’égard de la réouverture de la province, même si celle-ci est devenue l’épicentre de la pandémie de COVID-19 du pays. Que faudra-t-il pour que la vie passe avant tout ?

La réponse à la COVID-19 expose et approfondi les divisions sociales et économiques

Qui sera sacrifié dans cette réouverture ? Aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Suède, la pandémie a mis en évidence les profondes inégalités au sein de notre société, touchant plus gravement les personnes précarisées, soit les communautés pauvres et racialisées, les prisonnier-ère-s, les ainé-e-s, les travailleur-euse-s migrant-e-s et les travailleur-euse-s de la santé. Il est clair que le risque n’est pas réparti de manière égale. 

Des recherches menées au Royaume-Uni montrent que les personnes noires courent quatre fois plus de risques de mourir du COVID-19 que les Blancs, en raison des inégalités sociales et du racisme. Le taux d’infection croissant dans les quartiers les plus pauvres de Montréal démontre ces mêmes risques. La vie des gens peut ainsi être sacrifiée pour les besoins de l’économie. Et certaines communautés sont traitées comme plus sacrifiables que d’autres. Nos communautés les plus vulnérables ne feront que s’appauvrir davantage avec la réouverture progressive de l’économie. 

Cette réouverture en pleine pandémie n’est pas dans l’intérêt des êtres humains. Notre gouvernement pourrait plutôt s’efforcer de fournir à tous et à toutes un logement adéquat, l’accès à la nourriture et aux soins. Si le gouvernement Legault avait à cœur l’intérêt de sa population, il agirait aussi rapidement pour libérer les prisonniers non violents, garantissant ainsi la sécurité de tous et toutes, quels que soient leur statut social, leurs antécédents ou leur histoire personnelle. Les Québécois-se auraient également le choix de rester chez eux et de refuser des conditions de travail dangereuses.

Les enfants, les parents et les travailleurs du secteur public seront-ils forcés de participer à une expérience dangereuse qui les exposerait, ainsi que leurs proches, leurs familles et leurs communautés, à de graves risques pour que les affaires continuent comme si de rien n’était ? 

Nous avons le choix en la matière, et cela revient à bien plus que de choisir un travail dangereux plutôt que de souffrir de la faim ou de se retrouver sans abri. Nous devons trouver des moyens de maintenir le cap jusqu’à ce que la courbe s’aplatisse, que les lignes directrices établies par l’OMS soient respectées et que nous ayons la capacité de retracer les contacts, de faire les tests et de réduire le nombre de cas. Les entreprises à la recherche de profits et leurs fédérations ont orienté en grande partie la politique de déconfinement.  Les grands et puissants lobbies du Québec Inc., comme le Conseil du Patronat, ont se sont rencontrés régulièrement  avec les ministres de l’économie et du travail. De plus, McKinsey Inc, une firme internationale de consultance, lasociété de conseil internationale McKinsey Inc. qui a été mandatée par le gouvernement du Québec pour le conseiller sur la réouverture de l’économie et pour conseiller le ministère de la santé publique sur son plan de déconfinement. Il est clair que des lobbies corporatifs  ne devraient pas définir les politiques publiques ; n’étant que trop disposés à sacrifier la santé et le bien-être de nos communautés.

Le moment est venu de mener des actions créatives

Si nous ne pouvons pas descendre dans la rue pour faire entendre nos revendications, nous devons nous faire entendre haut et fort, par tous les moyens possibles. Dans de nombreuses villes du monde, les gens sont sortis sur leur balcon pour soutenir les travailleurs essentiels. 

Nous encourageons les Montréalais à faire de même afin de dire : « Il n’y a pas de travailleurs essentiels, seulement des personnes essentielles ». 

Nous exigeons un arrêt complet à la réouverture de l’économie et des écoles, jusqu’à ce que sortir soit considéré sans risque pour tous. Nous n’avons pas à nous exposer au risque de  contracter le virus et nous n’avons pas à vivre avec les décisions prises par une classe politique et économique qui sacrifie notre vie pour ses intérêts qu’elle promeut.. Or, c’est plutôt de leur leadership dont on pourrait se passer. Ce n’est qu’en faisant preuve d’une véritable solidarité que nous pourrons ralentir la propagation du virus. Le moment est venu de faire un choix important: nous devons prioriser la vie à l’économie et ses exigences inflexibles. 

Faisons entendre notre voix à travers le bruit des casseroles et des chaudrons, et affichons nos bannières en ligne pour montrer que nos exigences sont plus pressantes que celles de l’économie !