30 avril, 2019

Un nouveau pacte vert pour le nord

Le chaos climatique est à notre portée.

Selon un récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GEIC), pour tenter d’éviter la catastrophe climatique il faudrait effectuer un virage « rapide », « profond » et « sans précédent » dans tous les aspects de la société. Nos systèmes énergétiques et économiques actuels se fondent sur un modèle destructif d’exploitation et d’extraction. Il nous faut un plan clair pour la transition vers des alternatives durables et équitables, et il nous le faut dès maintenant.

Ce document vise à démontrer comment le Canada pourrait devenir chef de file en matière de solutions compréhensives à la crise climatique.

Le Canada est un des plus grands émetteurs de gaz à effets de serre (GES) par habitant au monde. Nous faisons partie d’un petit groupe de pays privilégiés qui déterminent les structures technologiques, économiques, et sociales dominantes. Nous continuons de profiter de l’extraction et de la consommation de combustibles fossiles. Le Canada a donc une triple responsabilité quant à la nécessité de mettre en avant de nouvelles façons de faire. Si nous agissons avec audace, il nous sera possible de transformer l’économie canadienne en chef de file mondial de production responsable d’énergie durable.

De plus, la transformation de notre système économique nous présente une occasion historique; nous pouvons en profiter pour s’attaquer à l’ensemble de nos problèmes en contestant le caractère d’exploitation de notre système économique actuel. Voilà l’espoir du Nouveau pacte vert! Si une telle transition se voudrait réussie, elle va devoir travailler au bien de tout le monde. Ceci implique la redistribution des richesses accrues par les activités et par les acteurs en secteurs écologiquement nuisibles, et la démocratisation du processus de prise de décision économique.

La transition équitable ne se résume pas à un simple abandon des combustibles fossiles en faveur des énergies renouvelables. Elle implique aussi l’abolition des structures et des incitations économiques qui nous ont menés au précipice, pour éviter de retomber dans le même piège à l’avenir.

Il nous faut plusieurs transitions:

  • de la consommation individuelle et gaspilleuse vers les biens collectifs tels que le temps libre et les espaces publics de qualité, libres et accessibles à tous
  • de la propriété privée vers les modèles coopératifs
  • des structures corporatives autoritaires vers la démocratie au travail
  • de la renclôture des espaces collectifs vers leur expansion

Bref, de la confiance aveugle dans la logique du marché vers une vision de la bonne vie pour tous. À cette fin, voici notre conception d’un Nouveau pacte vert pour le Canada

À PARTIR DE MAINTENANT

Les plus grands obstacles dans le marché du travail et comment rapidement les surmonter

1. UNE TRANSITION ÉQUITABLE POUR AUJOURD’HUI ET DEMAIN

Non seulement les travailleurs-euses des secteurs plus polluants auraient-ils une place dans une économie reconvertie, ils seraient garantis une sécurité d’emploi à long terme. Tout ceux qui cherchent à s’intégrer au monde du travail auraient accès à un emploi décent, pas un stage non-rémunéré ou un salaire de misère.

  • Mettre fin aux subventions relatives aux combustibles fossiles et investir massivement dans les énergies renouvelables, la récupération de l’environnement et la construction d’infrastructures climatiques
  • Imposer le principe du « pollueur-payeur » avec des lois qui forceraient les industries polluantes à payer le prix de leurs émissions et le prix des dégâts qu’ils font à l’environnement
  • Garantie d’emploi et de l’aide à la formation et à la reconversion professionnelle pour les pour les travailleurs-euses quittant le secteur des combustibles fossiles
  • S’assurer que les nouveaux emplois verts sont syndiqués et administrés soit par le public ou sous un modèle communautaire/coopératif, pour que tout le monde puisse bénéficier des profits

2. RENDRE PROSPÈRE LE TRAVAIL DE SOUTIEN

Le travail de service et de soutien compte parmi les secteurs avec les plus petites empreintes environnementales. Si on voulait redistribuer nos richesses, alimenter une tendance économique pro-environnement, et améliorer la qualité de vie dans toutes nos collectivités, on pourrait élargir la portée de ces secteurs et offrir des salaires convenables à ceux qui voudraient s’y intégrer.

  • Augmenter le nombre et la qualité des infrastructures publiques de soins de longue durée pour répondre aux besoins d’une population vieillissante
  • Hausser le salaire minimum et mettre en oeuvre les protections en milieu de travail élaborées par les groupes tels que « Fight For $15 & Fairness »
  • Réduire la semaine de travail comme le permet les augmentations salariales pour valoriser le bien économique du travail de soins informels
  • Accorder aux migrants les droits démocratiques et du travail, l’accès aux services ainsi que le statut officiel, car ce sont eux qui assument une charge disproportionnée des services d’appui
  • Instaurer un plan universel pour la garde d’enfants afin d’établir une norme de valorisation

3. UNE RÉVOLUTION DANS LES TRANSPORTS ET LA LOGISTIQUE

Le transport est une source importante d’émissions des GES. Les sciences du climat nous disent que les voitures à combustion interne doivent disparaître des routes d’ici 2030. Mais comment atteindre cet objectif tout en assurant une meilleure qualité de vie pour les moins nantis?

  • En milieu urbain, un vaste réseau de transports en commun sans frais comprenant des trains interurbains à grande vitesse et zéro-carbone ainsi qu’un service national d’autobus publics
  • En milieu rural, une flotte de camionnettes électriques et un service coopératif de covoiturages électriques pour assurer la mobilité abordable/gratuite pour tous
  • Décarboniser Postes Canada et le charger de toutes les livraisons, éliminant ainsi la congestion, le gaspillage et les mauvaises conditions de travail que l’on constate chez les services de livraison privés

À LA DÉFENSE DE NOS RICHESSES COMMUNES

Quelles sont les protections que nous pouvons ériger pour empêcher que la crise ne se reproduise?

4. ÉGALITÉ DANS LES SERVICES ET DANS LA SOUVERAINETÉ ENTRE LE CANADA ET LES NATIONS AUTOCHTONES

Les conditions socioéconomiques désastreuses ont trop souvent été instrumentalisées contre les peuples autochtones pour leur imposer des projets d’extraction. Ils continuent d’être privés des bons emplois et du développement économique (guidé par l’investissement public) que l’on retrouve ailleurs au Canada. Il est temps que ça change.

  • Reconnaître la souveraineté des peuples autochtones, leurs revendications de territoire traditionnel, et leurs démarches d’autodétermination
  • Financement égal des services, partant immédiatement du principe de Jordan mais continuant jusqu’à ce que les services soient au même niveau qu’ailleurs au Canada
  • Respecter notre part des traités, mettre en oeuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, et en finir avec les politiques qui visent à éteindre les titres ancestraux
  • Mettre fin à tout action judiciaire appuyant l’extraction de combustibles fossiles
  • Investir dans la production d’énergie verte contrôlée par les communautés autochtones

5. LOGEMENTS VERTS ET ABORDABLES POUR TOUS

Les métropoles du Canada souffrent d’une crise du logement entraîné par les spéculateurs, et les bâtiments contribuent plus que 10% des émissions au Canada. Nous pouvons nous attaquer aux deux problèmes en même temps — et aller encore plus loin.

  • Soutenir la construction des logements efficaces et durables à long terme en vue de résoudre la crise immobilière sur les territoires autochtones
  • Construire des centaines de milliers d’unités de logements coopératifs comprenant espaces communes, services de soins à long terme et garde d’enfants
  • Développer un design Open Source pour la production sur-place et durable d’énergie et de nourriture
  • Imposer des mesures de contrôle sur les investissements spéculatifs et les propriétés vacants, ainsi qu’un mandat qui exige que les nouveaux complexes d’habitation doivent être consacrés à un minimum de 50% de logements abordables
  • Exproprier les propriétés inefficaces et insalubres et les remplacer par des logements sociaux coopératifs afin d’exercer une tendance à la hausse dans le nombre et la qualité de logements
  • Assurer qu’aucun ménage canadien ne consacre plus que 30% de son revenu au logement, que les habitations soient accessibles, et qu’elles permettent le vieillissement sur place

6. METTRE FIN AUX RÉCOMPENSES POUR LE PILLAGE DES RESSOURCES ET PÉNALISER L’INSTABILITÉ

Éliminer la logique du court terme des calculs financiers et protéger la durabilité des biens publics

  • Implémenter le principe du calcul des coûts totaux dans les budgets du gouvernement — dans les vérifications, dans les appels d’offres et dans les surveillances
  • Confirmer le statut commun de l’eau — ériger un cadre public et à but non lucratif pour la gestion et la règlementation durable des utilisations d’eau à grande échelle
  • Éliminer les subventions aux grandes unités de production agricoles qui refusent d’atténuer leurs impacts sur l’épuisement des sols, la perte de biodiversité, les émissions de GES et les autres effets nocifs de la monoculture
  • Instaurer un régime dynamique de compensation, de réparation et de remise en état pour les dommages environnementales

MAINTENIR L’ÉLAN

Sur quoi fonder une économie qui travaille pour le bien de tous aujourd’hui et demain?

7. GRATUITÉ SCOLAIRE ET INVESTISSEMENT EN RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT EN VUE D’ÉLIMINER LES COMBUSTIBLES FOSSILES

L’éducation sera indispensable à notre transition puisqu’elle dispose, entre autres, du moyen de mieux faire connaître le contenu des traités autochtones, de nous mener à de nouvelles technologies carboneutres or zéro-carbones, et de favoriser une reconceptualization de nos relations écologiques

  • Gratuité scolaire dans tous les établissements postsecondaires et annulation des dettes étudiantes subsistantes pour que les jeunes puissent poursuivre une carrière sans le spectre de la dette
  • Intensifier les recherches dans les technologies vertes et accorder des bourses d’études pour la reconversion de travailleurs
  • Mettre les recherches universitaires à l’abri des influences des méga-donateurs et des grosses sociétés. Financement et dotations doivent être gérés et distribués par la CRSH, la SCRSNG, ou une structure équivalente.

8. PRODUCTION COMMUNAUTAIRE D’ÉNERGIE ET DE NÉCESSITÉS ÉCONOMIQUES

Nous ne pouvons pas permettre aux grandes sociétés de continuer à engranger d’énormes profits chaques fois qu’un besoin humain fondamental est satisfait. Les dimensions essentielles de l’économie doivent être soumises au contrôle et à la gestion ouvrière et communautaire.

  • Consacrer des fonds et de l’entraînement aux fiducies foncières communautaires et aux coopératives de travailleurs pour la production de nourriture, de logements et d’instruments de communication afin de libérer ces secteurs de la considération du profit
  • Nouveaux soutiens fiscaux et réglementaires pour la formation de coopératives et de fondations communautaires
  • Augmenter l’aide publique au développement et encourager ceux et celles qui poursuivent le financement coopératif et les services bancaires à la collectivité, pour que l’argent des gens ordinaires évite de financer les dégâts écologiques
  • Soutenir les coopératives agricoles et les fermes familiales, la syndicalisation des travailleurs agricoles, et l’agriculture régénérative, mettre fin à l’élevage industrielle, et limiter l’utilisation des produits chimiques qui nuisent à la santé humaine
  • Investir dans des systèmes énergétiques qui seront possédés et gérés démocratiquement par les communautés dans lesquelles ils subsistent.

9. UNE TRANSITION GLOBAL

La transition climatique ne veut rien dire si elle n’a lieu que dans un seul pays. La guerre et l’instabilité engendrées par la rapacité des grandes sociétés sont parmi les plus grandes sources d’émissions. Voilà pourquoi il faut que le Canada effectue un virage radical dans son approche vers la politique étrangère, remplaçant l’extractivisme colonialiste par la solidarité internationaliste.

  • Réduire massivement les dépenses sur le matériel militaire et transitionner le secteur émergeant des armements vers la production de moyens de transport zéro-carbones
  • Revisiter les accords commerciaux et établir un ensemble de nouveaux critères ambitieux pour la protection de l’environnement et des droits du travail
  • Assurer le transfert de technologies vertes avec les pays du Sud
  • Accepter les réfugiés fuyant les effets du changement climatique et des conflits qui en découlent
  • Garantir le respect des droits de l’homme pour les projets d’extraction à l’étranger administrés par le Canada
  • Utiliser nos leviers diplomatiques et économiques afin de fermer les mesures d’évasion fiscales (tels que les paradis fiscaux) qui permettent aux grandes sociétés de garder leurs trésors hors la portée de la majorité populaire

LE PREMIER PAS

À partir du plan élaboré ci-dessus, nous appelons à la création d’une table ronde démocratique et participative pour déterminer ensemble une plateforme commune pour le Nouveau pacte vert et pour donner élan à notre lutte, notre organization et notre plaidoyer.

Dans cette lignée nous visons à coordonner nos efforts et d’amener notre message à tous les niveaux du gouvernement, au sphère médiatique, au secteur privé et à nos pairs de la société civile.

Ensemble, nous pouvons surmonter cette crise et construire les quatre coins du nouveau monde auquel nous aspirons.

Ajoutez votre signature si vous êtes d’accord!